Depuis l’âge de douze ans, à chaque Halloween, il caressait le même fantasme. Passer une soirée entière, à quatre pattes, le nez collé dans un anus.

À chaque Halloween, il s’allongeait, fermait les yeux, et pénétrait dans un monde juste à lui, qu’il s’était crée. Il s’accroupissait, mettait les mains sur des fesses imaginaires, les écartait et reniflait. Il fourrait son doigt dans l’orifice, aspirait son odeur, sa chaleur, sa moiteur. Il portait son index sous son nez et reniflait l’exhalaison âcre.

Baignant dans son rêve, il aspirait de grandes bouffées et les expirait par saccades. Il se voyait flairer cet anus, le lécher, le mordre, y introduire un doigt, son nez. Sa langue passait sur les franges de l’anus, qui s’ouvraient comme autant de pétales, bien dilatées.

Gorgé de cette vision, il introduisait un raisin dans l’orifice. Il aspirait le fruit, le faisait tourner dans sa bouche, le suçait, le tétait goulûment. Il le laissait macérer dans sa bouche jusqu’à ce que l’arrière-goût ait fini de se dissiper sur sa langue. Il dilatait ses narines, et frissonnait de bien-être en sentant une chaleur dans son sexe. Il respirait lentement, son corps tremblant d’émotions et s’arquait d’une jouissance délicieuse.

Cette année, il avait réussi à convaincre Éve de se déguiser en zèbre avec lui. Ça n’avait pas été facile, mais la promesse de bouteilles de rhum gratuites l’avait séduite. Personne avant elle n’avait voulu passer la soirée à quatre pattes, collé dans la sueur de l’autre.

La musique jouait à fond. Les vapeurs d’alcool saturaient l’atmosphère, se condensaient et ruisselaient sur les parois chaudes de l’anus d’Ève, chauffé à souhait. Elle poussa un petit cri qui se perdit dans la foule lorsqu’il y introduisit un raisin. Et dans les délices vaporeux de la soirée, les cerveaux anesthésiés ne firent pas attention au zèbre à la démarche chambranlante qui se tortillait étrangement.

Kavalière


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