Lorsque le jeune Tehouatchi aperçut la grande tortue allongée sur le sable, il courut vers sa tribu pour prévenir son père et les autres hommes qu’elle était là, qu’elle pondait ! Enfin, après tant d’attente, elle était de retour. « Quelle chance que la tortue ait choisi notre village ! » se dit le jeune Indien.

On prêtait à la tortue des pouvoirs fantastiques. Qui se nourrissait de sa chair devenait un amant infatigable au lit. Qui la mangeait pouvait même devenir immortel. Mais surtout, celui qui la découvrait était censé attirer vers lui les plus belles femmes ou les plus beaux hommes. Et Tehouatchi l’avait trouvée. À lui les plus belles filles du village et des alentours. Il s’en frottait déjà les mains. Jusqu’à présent, il avait juste couché avec sa jeune cousine, mais il ne s’en était jamais vanté.

Tehouatchi suivit la chasse. Les hommes n’eurent aucun problème pour récupérer la tortue, la tuer, la vider, la trancher, prendre les oeufs et retourner au village. Ils laissèrent sur la côte l’énorme carapace vide. Le jeune homme demeura seul sur la plage et se demanda quand il allait faire sa première conquête. Il suivit le cortège vers le village. Le soir, un énorme festin eut lieu et Tehouatchi eut son heure de gloire. Les plus vieux contèrent que jadis, un chasseur qui avait aperçu une autre grande tortue était devenu si attirant pour les femmes qu’il était mort d’épuisement. Un autre s’était fait mordre le sexe par une femme qui désirait garder une trace de ce fantastique amant.

Mais le jeune Tehouatchi se moquait de ces racontars. Lui saurait gérer son charme et il choisirait ses conquêtes. Les autres s’y étaient mal pris, c’est tout. La malédiction de la tortue était pour les autres. Le souvenir de sa cousine allait bientôt s’évanouir et ce serait son tour de se moquer des autres. Qui allait être l’amant le plus fantastique ? C’est Tehouatchi.

Un jour qu’il se baladait sur la plage près de la carcasse, la pluie tropicale surprit le jeune homme. Il courut se réfugier dans la carcasse en attendant l’accalmie. Il rentrait avec peine dedans, mais au moins, il était à l’abri. Il s’allongea à plat ventre dedans et s’assoupit.

Quelques instants plus tard, une tortue mâle s’approcha de la cabane de Tehouatchi. Le temps des amours commençait. La dernière chose dont se souvint Tehouatchi, ce fut de la douleur extrême qu’il ressentit lorsque le sexe immense de l’animal lui perfora le cul. Il n’eut pas le temps de crier. La douleur fut telle qu’il releva la tête de surprise et se cogna brutalement à la coque. L’autre le sodomisa longuement, jusqu’à ce qu’il se rende compte de son erreur et reparte à la conquête d’autre femelle. Tehouatchi resta coincée dans la coquille, les fesses en feu. Personne ne le retrouva.

Nyemea


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Illustration provenant d’une illustration de Samuel de Champlain, Voyages (1619, dans Laverdiere III, p. 578) .