![]() |
Il est vieux et con. Elle est jeune et belle. Il n’y a pas si longtemps, elle l’aimait. Maintenant, elle le déteste. Il la dégoutte. Son sperme a ranci. Peut-être est-ce son aigreur ? « Il se dessèche le vieux con », pense-t-elle. Elle est devant son écran d’ordinateur. Elle s’étire le cou. Elle regarde par la fenêtre et le voit dehors au loin. « Reste là, ne vient pas m’emmerder. Laisse mon tranquille. » Elle écrit. Peut-être a-t-elle commencé à le détester quand il s’est moqué d’elle, de son ambition à vouloir écrire. « C’est d’là merde, un ramassis de mièvreries de merde ce que tu écris », a-t-il. Elle se rappelle très bien la première fois. Il avait jeté un regard dédaigneux sur ses textes, retroussé les lèvres et lâché un pet sonore. Comment avait-elle pu l’aimer ? Ce soir, il se jettera sur elle, puant le fauve. Il prend plaisir à l’humilier. Il aime la sentir dégouttée. Il aime pressentir la vomissure qu’elle a envie de laisser exploser à son visage. Quand il la baise, il ne la lâche jamais du regard, ne ferme jamais les yeux. Il scrute tout les contours et toute la profondeur de sa haine, qui chaque jour se raffermit. Son cul se ramollit. Sa haine se raffermit, pense-t-il. Plus elle le déteste, plus son écriture s’affine, se fait pointue, tranchante, comme un couteau. Un couteau. L’idée ne la lâche plus. Il sent la lame approcher de son cœur. Il aime le froid. Il redouble de pets. Il ne se lave plus. Il ne se brosse plus les dents. Ses cheveux sont gras. Ses chemises sont sales. Va-t-elle enfin le tuer ? Il veut mourir. Il l’a choisie pour ça. Mais il ne veut pas pourrir seul en enfer. Elle est son salut. Point de salut. Ni pour toi, ni pour moi, pense-t-il. Elle le tue. Elle vomit ses entrailles. Elle vomit toute sa haine, sa peur, sa soumission. Puis elle oublie. Cette semaine, quand elle est allée pêcher, des dizaines de poissons sont venus mordre à ses hameçons. |
© unetortue.com, 2007-2008 |