Elle aime quand il la barbouille de son sperme. Elle aime voir le jet couler, comme par à coups. Sentir le liquide sur son corps. L’étendre sur sa peau. Y tremper ses doigts, et les mettre dans sa bouche à lui.

Elle aime quand il se goutte. Et qu’il en redemande en gémissant. « Vas-y, goutte toi. Sens-toi. Aime-toi. Touche-toi. Masturbe-toi. » C’est à ce moment qu’elle se sent le plus proche de lui. Quand il ouvre sa bouche, et qu’il cherche son air. Que ses yeux sont fermés, tournés vers un monde à lui. Qu’à lui.

Elle ne se lave jamais après avoir fait l’amour. Quand l’autre le fait, elle trouve que c’est froid. Comme une langue qui se colle sur un bout de métal l’hiver. Ça la déchire. Comme si son amant voulait la reléguer dans le drain du lavabo. Elle ne met jamais de parfum. Mais elle aime l’odeur du sperme sur sa peau. Elle espère qu’un jour, après avoir fait l’amour, en faisant une promenade nonchalante, un homme se retournera sur son passage parce qu’il aura senti le sperme séché sur son ventre. Il se retournera. Elle se retournera. Ils se regarderont. Il la sentira offerte. Elle attendra, tendue, comme une biche traquée. Il verra sa veine palpiter dans son cou. C’est là, plus tard qu’il la mordra.

Ce jour-là, son amant éjacule sur ses fesses. Il plonge dedans, s’en barbouille le visage à son tour. La sueur de ses fesses à elle et l’odeur de son sperme à lui, lui montent à la tête. C ’est le moment qu’il préfère, quand il est plongé dans l’abîme de ses fesses. Il met un doigt dans son cul. Elle a joui, mais il veut qu’elle jouisse encore. Il est exigeant. Il ne la laisse pas souffler. Ils s’ébattent. Ils s’aiment.

Elle le suce, elle veut elle aussi le faire souffrir. Il vient dans sa bouche. Elle avale un peu de sperme, puis en laisse couler le long de son menton, pour qu’il vienne l’aspirer. Ils s’endorment. Elle se réveille. Elle se lève, pleine d’odeurs. Elle va marcher dans le parc, juste à côté de son appartement. Elle le voit. Il ne l’a pas vue. Elle l’avait déjà vu avant. Il ne l’avait jamais remarquée. Elle sent le vent frôler ses seins nus sous sa chemise. Elle se place dans l’angle pour que le vent porte ses effluves jusqu’à lui. Il ne bouge pas. Il ferme les yeux. Il trace les contours de cette femme dans son esprit. Imagine ses cheveux, ses seins, ses fesses.

Il ouvre les yeux. Elle est là, à côté de lui. Il la renifle, comme un chien. Il se met à quatre pattes, entre ses jambes. Il renifle sa cheville. Elle prend peur. C’était un jeu. Trop tard, il la bascule. Il la mord dans le cou pour l’empêcher de bouger. Il la lèche partout, pour goûter sa substance. Ses coups de bassin la martèlent. Elle le mord à son tour. Elle aime sa force. Elle le renverse. S’assoit dessus et, la tête renversée, un sourire aux lèvres, regarde le soleil se lever sur la ville encore endormie.

Kavalière


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Illustration provenant du site http://expositions.bnf.fr/bestiaire. Odoric de Pordenone, Itinerarium (Livre des Merveilles), France, Paris, vers 1410-1412. Traduction de Jean le Long, Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 2810, fol. 106.