Tout ce que j’aimais, de Siri Hustvedt En ouvrant un livre, Léo Hertzberg tombe sur une partie de la correspondance entre Bill et Violet. Il décide alors de raconter les trente dernières années de sa vie. Mais cet équilibre trop parfait, cet idéal de vie, finira par se fissurer puis exploser. La folie les guette, folie qui prendra de nombreux visages : Violet qui écrit un livre sur l’hystérie, sur les désordres alimentaires et sur les travaux de Charcot à la Salpetrière ; le décès accidentel de Matt, qui disloque le mariage pourtant si solide et enviable entre Erica et Léo ; la crise d’adolescence de Mark gâtée par sa dépendance aux drogues dures qui plongera Bill dans un profond désarroi ; la fréquentation d’artistes déjantés et décalés pour qui le meurtre devient une œuvre d’art. En fait, les longues discussions sur l’art auxquelles on assiste tout au long du roman ne sont que le prétexte pour souligner les nombreuses « maladies de l’âme » qui minent notre époque. Et ces maladies sont-elles dictées par une quelconque fatalité ? La réponse de Siri est définitivement « non ». Si, justement, la vie de ces deux couples remarquables avaient dû n’être que bonheur et utopie, alors pourquoi, quand il fait le constat de sa vie, Léo en arrive-t-il à une conclusion si noire ? Pourquoi son mariage a-t-il finalement échoué et pourquoi son fils est-il mort ? En fait, faut-il y chercher une raison ou bien se dire que « c’était écrit » ? Rien n’est prévisible et Léo ne saura que faire quand Erica le quitte. Le poids du monde s’abat alors sur lui. À travers les toiles de Bill et le regard rétrospectif qu’il y jette, Léo en arrive à la conclusion que cette vie si idéale ne l’était pas tant que cela. Bill l’avait compris. En retrouvant, plus tard, certains dessins de son ami, Léo réalise le côté fugace de sa vie. Émouvant constat. Ce roman n’est jamais nostalgique. Léo, malgré son âge, reste un passionné et un amoureux des arts. Toujours critique mais ouvert, il dépeint avec talent le temps qui passe. L’atmosphère qui se dégage du livre est d’une véracité féroce. Et, malgré l’émotion qui s’en dégage, malgré la mort et les accrocs de la vie, Siri Hutsvedt offre, avec Tout ce que j’aimais, une véritable ode à la vie.
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