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Le temps des sucres
Lorsque
revient le soleil, au Québec, lors de léquinoxe de
printemps, la vie extérieure reprend son cours. En ville, lévénement
est flagrant, les terrasses de pubs ou cafés investissent désormais
les trottoirs affichent complet. À côté, les festivals,
les activités culturelles et sportives retrouvent lair libre
et se multiplient aux quatre coins de la « Belle Province ».
Mais surtout, une des plus ancestrales manifestations de ce retour aux
beaux jours, est la dégustation, dans toutes ses formes gastronomiques,
du sirop
dérable.
Ce
nest pas un hasard si le Canada a choisi comme emblème fédéral
la « maple leaf ». Lérable
est le symbole du pays, et celui-ci est recouvert dune grande diversité
despèces. Mais lérable du Québec est
celui qui fournit, daprès les spécialistes, le meilleur
sirop. Vers la fin du mois de mars, des repas dont il est le thème
central sont organisés dans des « cabanes à sucre »,
qui sont des petites maisons construites dans le but de fabriquer le sirop
et le sucre dérable en plein cur de la forêt,
mais aussi de faire découvrir aux curieux les goûts variés
de cette sève.
Les
nuits froides et les journées plus chaudes, mais aussi les glaces
qui fondent, permettent aux grands végétaux de gonfler leurs
fibres pour la frondaison. À cette occasion, la sève sucrée
qui coule après entaille de lécorce de larbre,
est recueillie dans des récipients,
puis est transformée, en sirop après ébullition.
De nombreux signes naturels préviennent larrivée imminente
de la sève. Ainsi, des légendes prétendent que les
premiers cris des corneilles étaient synonyme daugure favorable,
tout comme lorsque la Grande Ourse, dite « Casserole des sucriers »,
devenait plate à lhorizon
Ce
sirop est mélangé à la plupart des aliments pour
donner des mets avalés principalement à cette époque,
lors dune « partie de sucre » : porc
à lorange et à lérable, fèves,
ou bines, arrosées de sirop dérable, saucisses
trempées dans le sirop, jambon fumé à lérable,
« pépères au sirop » (pâte à
crêpes jetée dans du sirop bouillant), et en boisson, il
est très largement exploité aussi (lait ou limonade à
lérable par exemple). Il est certain que les palais qui napprécient
que modérément le mélange sucré/salé
seront pour le moins déconcertés. Mais au Québec,
ces repas sont synonymes de période festive, du retour des couleurs,
de renouveau de la faune et de la flore... Les moules à sucre témoignent
de ce retour des beaux jours. Ils ont la forme de soleil, de fleur, de
gerbe de blé, de cur et aussi de phallus.
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Crêpes
au sirop dérable
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Donuts
au sirop dérable
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Lunion
avec le sirop devient même parfois charnelle. Les hommes, amaigris
par lhiver rude, profitent de cette fête pour beurrer leur
figure et celle des autres avec de la tire (sirop dérable
porté à ébullition et versé sur une plaque
de glace, et qui se durcit lors du contact) et de la suie provenant du
dessous des chaudières. Ainsi, chacun revêt un masque, comme
au carnaval, se purifie spirituellement par la communion pascale et sattire
de la chance par des souhaits de Pâques.
Au
XVIIe siècle, certains voyageurs
racontaient que les Hurons de la vallée du Saint-Laurent prêtaient
à la sève de lérable des vertus magiques. Une
fois transformé en sirop ou en sucre, le contenu était censé
fortifier la poitrine de celui qui avalait la potion, rendant le guerrier
invincible. Actuellement, même si les pratiques chamaniques ont
disparu, le sirop conserve toujours un « pouvoir ».
Avant la récolte, par exemple, il est encore courant que les producteurs
bénissent leurs arbres. Certains « saints »
sont apparus, comme, par exemple, Notre-Dame-des-Érables, qui représente
la Vierge tenant dune main lEnfant-Jésus, et de lautre,
une feuille dérable. Dautres légendes, celles
du « Sucre de la punition » racontent que le sucrier qui travaille
dans son érablière au lieu dassister au chemin de
croix du vendredi Saint verra ses érables couler des gouttes de
sang au lieu de sève, ou encore que le propriétaire qui
est décédé avant davoir reçu le paiement
dû pour la vente de sa sucrerie peut revenir tourmenter les bouilleurs
pendant la nuit
 De
nos jours, lérable est devenu un des piliers de léconomie
de la Province francophone du Canada. Pendant très longtemps, la
commercialisation du sirop dérable est restée familiale.
Autour de la table, se réunissaient les membres de la fratrie,
les amis et quelques voisins qui célébraient le retour des
beaux jours. Si le sirop pouvait être vendu localement, les grands
repas et le sirop en tant que produit de consommation nétaient
pas encore une source de revenus importante pour les Québécois.
Désormais, les choses ont changé. Cherchant à diversifier
les produits proposés à des clients toujours plus nombreux,
il a fallu innover. Le sirop laisse place aux alcools (bière, whisky
— dont le fameux « Sortilège »,
un succulent whisky à lérable —, digestifs)
ou aliments (beurre, sauces, pains, viennoiseries, sucreries diverses).
Les
grandes entreprises qui commercialisent ce riche filon, nont rien
inventé. Lorsque les Français importèrent en Nouvelle-France
de lalcool, échangé contre des pelleteries aux Amérindiens,
ces derniers ajoutaient parfois de la sève dérable
afin dadoucir le goût de lalcool pur. Par ailleurs,
les sucettes à lérable existaient déjà.
Elles sont toujours connues, sous le nom de « tire ».
Il est possible den manger dans nimporte quelle cabane à
sucre, ou en plein hiver dehors. Le principe est aussi simple que naturel :
le sirop est chauffé et versé sur une plaque de glace. Au
contact, le liquide se solidifie, et, à laide dun petit
bâton de bois, il suffit de récupérer le morceau de
sucre.
Le
Québec reste le premier producteur de sirop dérable.
À lui seul, il fabrique près de 80 % de la production
mondiale, loin devant les États-Unis. Mais, parallèlement,
il est aussi le premier consommateur de cette denrée, avec
11 millions de litres de sirop avalés. Dannées
en années, pour répondre à cette demande, le Québec
a produit toujours davantage, arrivant, dernièrement à 30 millions
de litres, une grande partie de sa production étant ainsi exportée
vers les États-Unis, le Japon et lAllemagne.
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Gâteau
au fromage au sirop dérable
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Pain
doré au sirop dérable
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Poire
au sirop dérable
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Lérable
fait partie intégrante de la société québécoise.
Il y est ancré bien avant larrivée des premiers Européens,
et tient aujourdhui encore un rôle spirituel, gastronomique
et économique important. Cependant, alors que la production saccroît
régulièrement, le Gouvernement québécois sest
engagé dans une lente et longue politique de déforestation,
visant à fournir des terres vierges pour la construction de routes
et autoroutes, dont pâtissent sapins et érables. Le chanteur
Richard
Desjardins, dans son film Lerreur boréale dénonce
cette pratique. Parmi ses arguments, il souligne que les Québécois
sont des « amants de la nature », et qu« abattre
un érable, cest mutiler les Québécois ».
On
va se sucrer le bec
Hi ha hi ha ho !
Ça va être bon, ça va être chouette
Hi ha hi ha ho !
Du sirop par-ci
De la tire par-là
On mange beaucoup
On a lventre plein
On va se sucrer le bec
Hi ha hi ha ho !
gb

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