Les dynamiques Stefan Derrick et Harry Klein, quand ils étaient jeunes et beauxCertains garderont sans doute à jamais ancré dans leur mémoire les épisodes de Capitaine Flam contre les Remarquez la mèche rebelle de Stephan... Image tirée du cyber fan-club allemand de Derrick, http://www.derrick-fanclub.deméchants, ceux d’Albator contre les Martiens, de Goldorak contre les Golgoths (du reste, Derrick est doublé par celui qui fait la voix de l'oncle d’Actarus !) ou de Chapi Chapo contre les cubes et les triangles de leur monde géométrique… D'autres les couleurs chaleureuses des Schtroumpfs, le climat ensoleillé des Merveilleuses cités d’or. Ben moi, c’est Derrick qui, je pense, m’a marqué, à jamais. Mais pas en mal… Pendant 30 ans, les Humphries ont été au rendez-vous en interprétant le mémorable générique de Derrick, annonçant que l’heure de Derrick et Stephan avait enfin sonné…

Je garde une sympathie immense pour un de mes inspecteurs favoris à l’écran (avec Columbo…), qui, en fait, appartient à mon univers quotidien. Oui, c’est étrange, mais bon, je n’y peux rien. Chacun serait capable de décrire Derrick : une coiffure hyper tirée en arrière à la Chirac, des cernes profonds, saillants, un imperméable jaunâtre qui le moule. Alors revenons un peu en arrière…

Dans le bureau avec les deux colleguesPensez donc, Horst Tappert (c’est son vrai nom) a interprété 281 fois cet inspecteur de choc au petit écran, de 1974 à 1998. Mais j’avoue que je préfère les épisodes les plus anciens, car, dans « Derrick », il y a quelque chose de magique : les couleurs. Un genre de couleurs vert kaki — orange — gris, unique au monde. Tout tourne autour de ce prisme. Les vêtements ? Ils sont gris. Les voitures ? vertes pâles. Les maisons ? jaunes cassées. Les murs du bureau n’ont pas été repeints depuis… très très longtemps ! Mais ça, c’était surtout au début. Bref, un conseil : un épisode de Derrick se regarde sur une télévision couleurs ou ne se regardent pas. En noir et blanc, on perd en subtilité, et le charme s’échappe.

Pendant plus de vingt ans, le bureau de Derrick n’a pas changé ! C’est incroyable… même les papiers-peints sont restés les mêmes !

Car vers 1995, Derrick a voulu se donner un coup de jeune, et ça n’a pas réussi. C’était trop flash. Avec Harry, son collègue, ils n’ont pas changé de style vestimentaire, mais autour d’eux, les réalisateurs ont mis des décors trop modernes (voitures blanches, intérieurs des maisons luxueux, apparition de l’informatique et de bien des notions trop modernes pour l’essence de cette série… Sur une des photos, plus bas dans l’article, Derrick a carrément un téléphone portable vissé à l’oreille !). Bref, ça coince. Mais bon, comme les anciens épisodes sont les plus nombreux, ça passe. Quoique, depuis deux ans, Derrick a disparu de l’écran, et je voudrais lancer une pétition, pour qu’il revienne rapidement. Si nous sommes assez nombreux, peut-être reverrons-nous rapidement ce bel inspecteur, si dynamique ?

L’avantage de Derrick réside aussi dans le peu de crédibilité de la série. À la fin de l’épisode, quand l’assassin de la Fraulein Schultz, Herr Hans ou Müller, son voisin de palier, est arrêté, on est soulagé, car on sait que le lendemain, on retrouvera les mêmes acteurs, mais jouant un jour le criminel, l’autre fois la victime, ou encore un témoin… En somme, le monde de Derrick est beau et tout le monde est presque toujours gentil. Au moins une fois. Du reste, comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il ne s’y passe rien. À tout casser, Derrick tire un coup de feu tous les quinze épisodes (c’est embêtant quand il dégaine, car ça réveille !), et les courses poursuites en voiture sont quasi-inexistantes. C’est aussi rapide que « Maigret » par Jean Richard.

Harry & Stephan, 20 ans après leurs débuts. Un détail qui ne trompe pas et prouve que Stephan vit avec son temps : il a son téléphone cellulaire !

En général, c’est à Harry que sont laissées les actions musclées. Surtout qu’Harry, dans l’affaire, ça fait plus de vingt ans qu’il veut prendre la place de son chef, mais Derrick ne part pas. Alors c’est Harry qui tape les rapports, appelle les méchants au téléphone pour les rencontrer, prépare le café du chef après la cantine ; bref, il est le secrétaire. Sur le schéma, on voit du reste que son bureau (qui porte le numéro 311) est placé vers les autres bureaux de l’étage, où se trouve un certain Willy, un petit gars, aux cheveux grisonnants (pendant vingt ans, il n’a pas changé, lui aussi, et son boulot est toujours de servir de sous-fifre à Harry qui se la joue petit-chef quand il se retrouve seul à seul avec lui), qui prévient Derrick quand le suspect est arrivé. Pour terminer sur Harry, après visionnage de bon nombre d’épisodes, j’ai franchement beaucoup de peine pour lui.

Dans la plupart des cas, quand, au bureau 311, il y a un coup de fil important, c’est pour Derrick. Lui, rien. Son téléphone reste muet. Et généralement, c’est Stephan qui a les bonnes idées. Lui, rarement, ou alors c’est quand il propose d’arroser les fleurs (toujours les mêmes !), de servir le café, ou d’aller à la Taverne de Waldman boire une bière et un snaps… (où les deux compères ne font que parler boulot, et endroit où germe, dans le cerveau génial de l’inspecteur — c’est son grade —, l’idée sublime qui lui permettra de coincer le coupable).

Également, pour que le téléspectateur n’aie pas l’esprit encombré de trop de choses à la fois, il n’y a pas de petites amies pour les deux héros. Derrick a été marié, mais ça n’a pas marché, et il a banni toute relation intime avec une dame. Tout juste, parfois, on sent qu’il a une touche, mais il ne va jamais plus loin. Boulot, boulot est la devise de Stephan. Quant à Harry, lui, c’est un moine, ou presque. Harry a des liaisons sexuelles dans au moins deux épisodes. À la fin de l’un d’eux, il est même en larmes car sa « fiancée » se fait tuer (merci à Philippe pour ces informations sur la vie dépradée de Harry). Donc, pas ou peu d’histoires d’amour, mais uniquement l’enquête. Néanmoins, des deux, c’est sur lui que les yeux des femmes se posent le plus facilement. Sa foi en son travail et son œuvre à mener l’emportent sur la passion amoureuse. Entre tous les deux, ça parle boulot, point.

La série fourmille de détails, d’éléments franchement ringards, mais qui en font un pur moment de bonheur, d’instant zen. Aussi, je vous conseille deux livres qui ont l’air franchement géniaux. Le premier est une étude de Thomas Sandoz intitulée Derrick, l’ordre des choses. Je ne l’ai pas encore lu, mais il paraît que c’est très intéressant (si, si…). L’autre, c’est une autobiographie palpitante de Horst Tappert (Derrick, quoi), sobrement intitulée Derrick et moi. Mes deux vies. L’auteur s’y confie. LysBi, qui l’a lu, m’a dit qu’elle avait trouvé ce témoignage très humble et touchant… mais que la série lui manquait, comme à nous. Elle devrait nous rédiger un article sous peu pour nous en dévoiler le croustillant contenu. En attendant, ni Harry ni Willy nont rédigé leurs Mémoires

gb

Quelques sites à voir :

  • La série comme anti-stress : http://www.chez.com/jtoinon/der.htm.
  • L’article dépouillé et très original de Corbillard, Inspecteur Derrick liturgie d’un monde inanimé.
  • Le site de Thomas Sandoz : http://www.ccdille.ch/derrick.
  • Le fan-club allemand sur internet. Attention, ça ne rigole plus — où on apprend entre autre que la série a été traduite pour plus de 100 pays ! http://www.derrick-fanclub.de.
  • Trente ans après ses débuts à la télévision allemande, Derrick se refait une beauté avec l’adaptation d’un dessin animé sur grand écran. En effet, le plus célèbre des policiers d’outre-Rhin se trouve devenir le héros d’un film d’animation décalé, dont l’action se passe dans les coulisses du plus populaire concours européen de la chanson. Et contrairement à la série télé, la version cartoon est traitée sur le mode humoristique. Outre-Rhin, c’est bien évidemment les deux acteurs principaux de la série télévisée qui doublent leurs personnages animés : Horst Tappert et Fritz Wepper. La sortie du film d’animation est prévue le 26 février 2004, soit trente ans après la diffusion du premier épisode sur la chaîne ZDF qui a programmé la série d’octobre 1974 à octobre 1998. Derrick est souvent critiqué pour son manque d’action, reste à voir si sa version cartoon sera plus animée… (source: toutelatele.com). Un site Internet très amusant est consacré à ce dessin animé : http://www.derrick-derfilm.de
  • Dernière minute ! Sur Amazon.de, il est possible d’acheter les DVD de Derrick en un coffret ! Du reste, le nombre de produits disponibles (livres, recueils divers, disques, vidéos, bande-dessinées, etc.) est absolument phénoménal. Derrick a généré une véritable industrie de produits dérivés. Un clic suffit désormais pour se les approprier.
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