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Je garde une sympathie immense pour un de mes inspecteurs favoris à l’écran (avec Columbo ), qui, en fait, appartient à mon univers quotidien. Oui, c’est étrange, mais bon, je n’y peux rien. Chacun serait capable de décrire Derrick : une coiffure hyper tirée en arrière à la Chirac, des cernes profonds, saillants, un imperméable jaunâtre qui le moule. Alors revenons un peu en arrière
Car vers 1995, Derrick a voulu se donner un coup de jeune, et ça n’a pas réussi. C’était trop flash. Avec Harry, son collègue, ils n’ont pas changé de style vestimentaire, mais autour d’eux, les réalisateurs ont mis des décors trop modernes (voitures blanches, intérieurs des maisons luxueux, apparition de l’informatique et de bien des notions trop modernes pour l’essence de cette série Sur une des photos, plus bas dans l’article, Derrick a carrément un téléphone portable vissé à l’oreille !). Bref, ça coince. Mais bon, comme les anciens épisodes sont les plus nombreux, ça passe. Quoique, depuis deux ans, Derrick a disparu de l’écran, et je voudrais lancer une pétition, pour qu’il revienne rapidement. Si nous sommes assez nombreux, peut-être reverrons-nous rapidement ce bel inspecteur, si dynamique ? L’avantage de Derrick réside aussi dans le peu de crédibilité de la série. À la fin de l’épisode, quand l’assassin de la Fraulein Schultz, Herr Hans ou Müller, son voisin de palier, est arrêté, on est soulagé, car on sait que le lendemain, on retrouvera les mêmes acteurs, mais jouant un jour le criminel, l’autre fois la victime, ou encore un témoin En somme, le monde de Derrick est beau et tout le monde est presque toujours gentil. Au moins une fois. Du reste, comment pourrait-il en être autrement, puisqu’il ne s’y passe rien. À tout casser, Derrick tire un coup de feu tous les quinze épisodes (c’est embêtant quand il dégaine, car ça réveille !), et les courses poursuites en voiture sont quasi-inexistantes. C’est aussi rapide que « Maigret » par Jean Richard.
En général, c’est à Harry que sont laissées les actions musclées. Surtout qu’Harry, dans l’affaire, ça fait plus de vingt ans qu’il veut prendre la place de son chef, mais Derrick ne part pas. Alors c’est Harry qui tape les rapports, appelle les méchants au téléphone pour les rencontrer, prépare le café du chef après la cantine ; bref, il est le secrétaire. Sur le schéma, on voit du reste que son bureau (qui porte le numéro 311) est placé vers les autres bureaux de l’étage, où se trouve un certain Willy, un petit gars, aux cheveux grisonnants (pendant vingt ans, il n’a pas changé, lui aussi, et son boulot est toujours de servir de sous-fifre à Harry qui se la joue petit-chef quand il se retrouve seul à seul avec lui), qui prévient Derrick quand le suspect est arrivé. Pour terminer sur Harry, après visionnage de bon nombre d’épisodes, j’ai franchement beaucoup de peine pour lui. Dans la plupart des cas, quand, au bureau 311, il y a un coup de fil important, c’est pour Derrick. Lui, rien. Son téléphone reste muet. Et généralement, c’est Stephan qui a les bonnes idées. Lui, rarement, ou alors c’est quand il propose d’arroser les fleurs (toujours les mêmes !), de servir le café, ou d’aller à la Taverne de Waldman boire une bière et un snaps (où les deux compères ne font que parler boulot, et endroit où germe, dans le cerveau génial de l’inspecteur — c’est son grade , l’idée sublime qui lui permettra de coincer le coupable).
La série fourmille de détails, d’éléments franchement ringards, mais qui en font un pur moment de bonheur, d’instant zen. Aussi, je vous conseille deux livres qui ont l’air franchement géniaux. Le premier est une étude de Thomas Sandoz intitulée Derrick, l’ordre des choses. Je ne l’ai pas encore lu, mais il paraît que c’est très intéressant (si, si ). L’autre, c’est une autobiographie palpitante de Horst Tappert (Derrick, quoi), sobrement intitulée Derrick et moi. Mes deux vies. L’auteur s’y confie. LysBi, qui l’a lu, m’a dit qu’elle avait trouvé ce témoignage très humble et touchant mais que la série lui manquait, comme à nous. Elle devrait nous rédiger un article sous peu pour nous en dévoiler le croustillant contenu. En attendant, ni Harry ni Willy n’ont rédigé leurs Mémoires Le 13 décembre 2008, à Munich, Horst Tapper est mort. Il laisse les téléspectateurs dans les deuils, mais Derrick restera toujours dans nos mémoires...
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