Certains panneaux publicitaires sont agaçants. Vous les regardez sans vraiment les voir, vous passez à côté en les mémorisant et en les oubliant jusqu’à les recroiser. Parfois, les gens qui posent dessus en deviennent sympathiques… comme Yves Corbeil. Près de mon travail, se trouvait une série de panneaux publicitaires géants, dont l’un faisait la promotion des magasins Corbeil. L’individu qui posait dessus, fier, debout et bien raide, m’était totalement inconnu, et son visage souriant, trop commercial, m’a vraiment agacé. Habillé en costume, en Père Noël, en cuisinier, il est partout ! Cependant, il m’était impossible de donner la raison de cette réaction. Cependant, je n’ai jamais cherché à savoir à qui appartenait cette face, jusqu’au jour où, sur le bord de l’autoroute, je le recroise. Mais cette fois-ci, j’étais accompagné et mon chauffeur, à qui j’exprimais mon agacement à voir cette face riante mais à l’allure tellement vendeuse, me répondit : « Ben c’est Yves Corbeil, et c’est lui qui a donné son nom aux magasins d’électroménager. Tu connais pas ?… » « C’est qui Yves Corbeil ? », fis-je naïvement. « Le spécialiste de l’électroménager, c’est Corbeil ! », se met-il à chanter. J’ai ensuite droit à certains faits de guerre du comédien, mais ce que je retiens au final de l’explication, c’est que Yves Corbeil a fait un coup de cash à un moment glorieux de sa carrière et qu’il a lancé une gamme de magasins à qui il a donné logiquement son nom…
Cependant, un jour, alors que je parlais avec quelqu’un du fameux M. Corbeil, mon interlocutrice me fait la révélation suivante : « Mais non, les magasins Corbeil ont pris Yves Corbeil comme porte-parole juste pour son nom, rien de plus. Les magasins ne lui appartiennent pas ! »… Hein ! J’ai beau protester, la version que j’entends est diamétralement opposée à celle qu’on m’a dite quelques temps auparavant. Je vais donc m’occuper de vérifier le lien entre les deux… Pourtant, c’est bel et bien le visage d’Yves Corbeil qu’on voit sur les affiches publicitaires des magasins… La « légende » veut qu’un jour Yves ait participé à un jeu télévisé. Une sorte de jeu auquel des vedettes étaient les protagonistes, et où elles devaient deviner le prix de ce qu’on leur montrait. Les gains étaient ensuite reversés à des associations caritatives. Quand ce fut au tour d’Yves de jouer, on lui demanda la valeur d’un frigo dernier cri… Yves, qui, selon ce récit mythologique, n’y connaissait rien, sous-estima de beaucoup le prix. La différence entre ce qu’il répondit et la réalité était tellement évidente au public que celui-ci éclata de rire en entendant la réponse. Mais cet éclat de rire n’avait pas pour but de se moquer mais de souligner la sympathie pour le comédien. Et c’est cette popularité que le magasin, qui avait donné le réfrigérateur, s’est offert en prenant Yves Corbeil comme porte-parole. La légende souligne aussi que le nom de famille de Yves est le même que celui du magasin par hasard. Incroyable mais vrai ! Bref, depuis le jeu, les deux noms sont intimement liés. De Saint-Sauveur à Hollywood, Yves Corbeil dans tous ses états
C’est aussi comme comédien de séries télé et comme animateur télé qu’il se révèle au grand public : Les Belles histoires des Pays d’en haut, Peau de banane, Virginie ou Caméra café feront de lui un personnage à part entière du monde culturel québécois. La présentation d’émissions l’a aussi beaucoup aidé. C’est du reste comme ça qu’il a commencé. L’histoire raconte qu’il était encore étudiant en histoire de l’art et en littérature française à l’Université de Montréal quand Télé-Métropole (avant de devenir TVA) l’a embauché pour animer Télé-Jeunes avec Claude Boulard dans les années 1960, alors que Corbeil n’avait pas encore 20 ans. Il a par la suite animé une émission du matin, toujours au « canal 10 » de l’époque, en succédant à Jean-Pierre Coallier. Il animait, blaguait, imitait les personnalités de l’heure, et le soir, jouait au théâtre et dans quelques téléséries. Une autre fable raconte qu’« à l’âge de 12 ans, encore écolier, le jeune Yves anime des émissions de télévision imaginaires à l’aide de son théâtre de marionnettes. Salles de bingos, loteries, films corporatifs et encans fictifs, le destin d’Yves est déjà tracé à cette étape presque embryonnaire. Déjà à ce jeune âge, il a une voix grave d’adulte qui impressionne sa famille et qui résonne dans son quartier la nuit, quand lui et sa parenté jouent aux cartes. »2 Par la suite, les téléspectateurs pouvaient le voir entre autres dans Salut Bonjour !, Souvenirs d’été ou Fais-moi un dessin (TVA, 1988 à 1991). Un vrai homme à tout faire, bien décidé à réussir. À l’instar de Serge Sauvion en France (celui qui double Columbo et racontait des histoires extraordinaires à la radio dans les années 1990, changeant de voix selon le personnage qui parlait), Yves se fait connaître par sa voix suave et sensuelle qu’il est capable de métamorphoser à souhait. Il est la voix française Morgan Freeman, John Goodman, Tim Allen, Gene Ackman ou même Arnold Schwarzenegger (Terminator 3) et dernièrement, on l’a entendu sous les traits de l’empereur Palpatine et Dark Sidious dans Star Wars, de Mr Freeze dans la film Batman et Robin. Il s’occupe également de quelques personnages de dessins-animés, notamment dans Les Simpson (des personnages de deuxième catégorie comme des paysans, des vieux Texans ou le Gouvernator, etc.). Sa narration dans le court-métrage The Human Condition lui vaut une nomination aux Jutra en 1999 mais c’est finalement Michel Forget dans Hécatombe chez Marie-Pierre qui partira avec les honneurs dans la catégorie « meilleure narration de court-métrage ». En fait, il est tellement présent dans le monde du doublage québécois que certains s’attendent à voir Arnold annoncer les résultats de la loto ! Dernièrement, Yves a été parodié à plusieurs reprises par des humoristes. Les Grandes Gueules, sur Radio-Énergie, en 2005 se sont amusé de lui, puis, l’année suivante, les Denis Drolet ont enregistré une chanson en son honneur (Yves Corbeil). Enfin, il est également cité fugacement dans « Maurice au Bistrot » du groupe Les Cowboys Fringants. Le comédien explique que son regain de popularité auprès des jeunes est entre autres dû à ces apparitions. Alors qu’il reste pour beaucoup le simple présentateur d’une émission de loterie, pour beaucoup d’autres, la sympathie qu’il dégage et sa bonhomie le rendent populaire. Et comme le chantent les Denis Drolet, soulignant son côté fédérateur…
1. http://www.cyberpresse.ca/article/20071004/CPARTS04/710040777/5085/CPARTS04 Liens pertinents pour mieux connaître Yves Corbeil
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