Changement de statut Voilà. Après près de neuf ans de vie au Québec, j’ai enfin obtenu ma citoyenneté canadienne. Et, si je pensais que cela ne me ferait ni chaud ni froid, c’est tout l’inverse. La première fois que je suis venu à Montréal, c’état en 1998. En tant qu’étudiant étranger à l’Université de Montréal, je disposais d’un visa d’un an et j’ai alors appris à aimer la ville, la province et le pays. J’ai rencontré du monde, j’ai appris sur la société qui m’accueillait et j’ai voyagé jusque dans l’ouest. Une fois revenu à Paris, j’ai fait ma demande de résidence permanente. Entre 1999 et 2002, je suis resté à Paris, attendant mes papiers, mais passant la plupart de mes vacances au Canada. De la Gaspésie en passant par le « Grand Nord canadien » (Churchill) et Montréal, j’ai entretenu des relations d’amitié passionnés avec mes amis d’ici. Puis le 30 juillet 2002, je suis arrivé comme résident permanent ici. Pendant plus de huit ans j’ai donc travaillé et fait ma vie ici.
J’aurais pu mille fois demander ma citoyenneté. Par négligence, je ne l’ai pas fait. Les papiers remplis restaient sur un coin de mon bureau. Après tout, à part voter, qu’apporte la citoyenneté, en fait ? Pas grand chose. Et un jour, ou plutôt une nuit, j’ai fait un rêve. Un rêve assez récurrent qui m’a fait changer d’avis. Vers 2008, j’ai commencé à rêver que le gouvernement se décidait à expulser tous les immigrants. Et moi, je me demandais où j’allais pouvoir aller. Deux ans plus tard, je suis citoyen. Au moins, je sais que ma maison sera là pour moi si je décide de partir longtemps en voyage. Et si je veux rentrer, eh bien Montréal m’accueillera. J’ai voyagé près d’un an en 2010-2011 avec ma blonde. Je suis allé en Amérique du Sud, en Océanie et en Asie. Puis je suis rentré à Montréal. Si un jour je veux repartir, plus la peine de me demander si j’ai toujours ma carte de résident avec moi, j’aurai mon passeport canadien. Plus la peine de m’en faire à compter le nombre de jours où j’ai été présent sur le territoire canadien pour savoir si oui ou non je peux renouveler ma carte. Plus de frais à payer tous les cinq ans pour disposer d’une carte de résident. J’ai été convoqué le 27 avril 2011 dans les bureaux de la rue Saint-Jacques. Quelques temps auparavant, j’avais reçu une trousse d’informations, avec le fascicule sur le Canada à réviser pour l’examen. Après avoir lu et pris quelques notes, je fouille sur le Web et trouve quelques exemples de questions qui sont posées lors de l’examen. Rien de bien difficile, mais sur les vingt questions posées, il faut au moins quinze bonnes réponses pour avoir la note de passage. Et après, on rencontre un agent fédéral avec qui on jase quelques minutes de tout et de rien et qui vérifie qu’on maîtrise l’une des deux langues officielles et que notre dossier est bien en règles. En octobre 2010, j’avais déjà reçu une convocation pour quelques jours plus tard, mais étant en Argentine et encore en vadrouille pour les huit mois suivants, je n’ai pu aller à l’examen. Une amie s’est occupée d’appeler l’immigration pour les en aviser (je les avais déjà prévenus, mais bon, on dirait qu’ils n’avaient pas retenu mon message). Mais peu importe, ils m’ont reconvoqué. Deux semaines après la réception de la convocation, je me rendais donc aux bureaux d’immigration.
Les copies sont distribuées et au « go » de l’agente, nous retournons nos questionnaires et on se munit des crayons fournis pour noircir les cases qui correspondent aux questions posées. Comme prévu, rien de difficile. On a trente minutes pour répondre aux vingt questions et en cinq minutes, je sais que j’ai déjà au moins seize bonnes réponses. Deux questions me posent des problèmes, mais finalement, je réponds la réponse qui me semble la plus logique. Trois minutes plus tard, je me lève, rends mon dossier et passe dans la pièce à côté où un agent m’attend. Les copies seront corrigées immédiatement. Du reste, les examinateurs sont déjà en train de corriger les copies avec leur grille de réponses. Je m’assois donc dans la pièce quasi-vide (je suis dans les cinq premiers à avoir rendu ma copie) et une minute plus tard, un agent m’appelle. Il me demande deux pièces d’identité, une copie de mon IMM 1000, ma carte de résident permanent et commence un interrogatoire plus « pour la forme » que « de fond ». On reprend ma vie depuis les cinq années qui ont précédé ma demande de citoyenneté. Où je vivais, ce que je faisais, si j’ai voyagé, si j’ai eu des ennuis avec la justice, etc. Puis il prend la feuille où j’avais indiqué tous les voyages que j’avais faits (avec les dates de sortie et d’entrée du Canada) et vérifie mon passeport pour trouver les étampes. Il ne les trouve pas toutes, mais bon, ne s’en formalise pas. Après dix minutes de discussion, il m’indique que mon dossier est complet et que c’est le juge qui va donner la validation finale. Il me demande de sortir de la salle pour me rendre à l’accueil, où j’étais arrivé plus tôt le matin. Une fois assis, j’appelle mes amis pour leur raconter la matinée. Selon une des agentes, la cérémonie aura lieu trois heures plus tard. Ma blonde aura donc le temps de quitter sa job et de me rejoindre, d’autant que pour elle, qui travaille au métro Jean-Talon, aller à Bonaventure est direct. J’attends, lisant la brochure sur le Canada que l’agent m’a donné. Une belle brochure en couleurs qui a dû coûter une méchante beurré et qui terminera sans doute au recyclage. Dans la salle, je retrouve Olivier, un Belge connu à une soirée. On rigole de se retrouver ensemble pour cette occasion. Lui veut la citoyenneté pour faciliter son embauche en tant que prof, après six ans passé au Québec. Peu après, ma blonde arrive et après m’avoir félicité, me pose des questions. Les mêmes questions que les amis des ex-immigrants en voie de naturalisation posent. Car la salle se garnit des futurs citoyens canadiens qui reviennent de l’examen et de la rencontre avec l’agent. Vers 11h30, nous sommes appelés pour nous rendre dans la salle de cérémonie, la même que celle où nous avons passé l’entretien avec l’agent.
Tout comme moi, les autres sont sortis des bureaux de l’immigration avec peu de chance d’y retourner. Nous sommes maintenant des citoyens canadiens. J’étais rentré dans les locaux en tant que français, j’ai maintenant les deux citoyennetés. Et je me sens fier de mon nouveau statut. Il ne changera pas grand chose à ma vie, mais en moi, quelque chose est complété. J’ai prouvé que je pouvais vivre ici, que j’avais réussi à m’intégrer, à me faire ma place et à me rendre utile. J’en suis récompensé. Et vraiment, j’encourage tous ceux qui le peuvent à demander leur citoyenneté. Ce midi, j’envoie mon enveloppe remplie avec mes papiers pour mon passeport. Et ce matin, à peine une semaine après avoir eu ma carte de citoyen, je me suis rendu au bureau de vote car c’était jour d’élection au fédéral. Beau cadeau de bienvenue, que de pouvoir voter si vite ! gb, le lundi 2 mai 2011
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