La face cachée du hérisson
La chronique radio de gb

« Circulation, bonjour ! »

Il y a quelques temps, je reçois un courrier électronique, en réponse à un ancien article. L’expéditeur est… Yves Desautels, la voix qui me réveille chaque matin. Il a lu son portrait et en est agréablement surpris. Il propose même, en ondes, de parler du magazine. Même si l’horaire est assez matinal (vers 6 h 15), le cadeau est accueilli avec enthousiasme. « Merci, Yves… ». Mais il y a mieux. Après quelques échanges, je me décide à aller voir dans les entrailles du « hérisson », la voiture de Yves quand il fait sa chronique circulation.

Yves et Pauline dans le hérisson, sur l’autoroute

Le rendez-vous est pris pour 6 h 30. Yves a proposé de venir me chercher en bas de chez moi. Avec un léger retard, la voiture de Yves Desautels et Pauline Martin arrive. Il s’agit d’une petite camionnette, le hérisson, dont les antennes ne sont finalement pas si nombreuses et pas si grandes que ce à quoi je m’attendais. J’apprends par la suite que ce mardi est une « matinée difficile, avec du gros stock ». La circulation n’est pas facile on dirait. En effet, dès mon entrée dans l’auto, les téléphones résonnent de partout, les voix des collaborateurs se multiplient, les sonneries annonçant le passage en ondes fusent à ma gauche. Bref, même si Yves n’intervient qu’environ une fois par quart d’heure, il reste constamment en contact (téléphone, cibie, pagette, etc.) avec ses informateurs. Pour parfaire ses bulletins à l’antenne, il échange même des renseignements avec d’autres chroniqueurs circulation, dont son « rival » montréalais, Yves, en ondes... Toute une machinerieDenis Niquette. Ce jour-là, il voulait appeler son collègue pour qu’il lui explique les raisons pour lesquelles il avait fait la circulation en chantant quelques jours avant. Mais impossible de le contacter, l’autre devant passer en ondes quelques secondes plus tard. Relié en permanence avec Transport-Québec, avec le ministère des Transports, avec un reporter à bord d’un hélicoptère et d’autres sources fiables, Yves note sur son cahier et rature un post-it collé à son volant. Rien ne se perd. Une savante alchimie de stylo noir et de feutres rose et vert lui permet de trier ses informations par situation géographique et par importance. Il a mis en place un système dactylographique efficace : « CL » pour « Côte-de-Liesse », « Dec » pour « Décarie », « RL » pour « René Lévesque », « VC » pour « voie centrale », un « P » entouré pour « panne ». Tout ça pour gagner du temps et recueillir de l’information qui nourrira son passage en ondes. Car quand vient ce temps, il n’a pas le temps de pavoiser.

Les horaires de passage sur la radio de Radio-Canada sont à heure fixe. Une bande autocollante est disposée près du tableau de bord du hérisson. Elle indique à Yves et Pauline leurs horaires d’intervention. La météo et la circulation vont toujours ensemble et le duo, qui roule aux aurores depuis maintenant environ trois ans, est très complice. En fait, si Pauline est dans l’auto, c’est que le réalisateur de l’émission du matin, C’est bien meilleur le matin, a voulu rendre la chronique de circulation originale. En joignant Pauline et Yves, est né un duo vraiment sympathique, joyeux et vif, malgré l’horaire matinal. Lorsqu’il est temps de passer à l’antenne, une sonnerie avertit le tandem qu’il leur faut revêtir leur casque et se préparer. « En ondes dans 1 minute ! », leur dit la voix ; « OK, en stand by », rétorque Yves. Parfois, leur interlocutrice signale qu’il va falloir décaler leur bulletin, mais une fois le casque-micro sur la tête, chacun se prépare pour une chronique d’environ 30 secondes à une minute.

Yves, sur la routeYves, qui a joué au théâtre au cercle Molière de Saint-Boniface (la plus ancienne troupe francophone du pays), le quartier français de Winnipeg, au Manitoba, quand il était journaliste dans l’Ouest canadien, se transforme en comédien quand il intervient en ondes. Lui qui préférait jouer les comédies aux tragédies, il devient très démonstratif. Ses fiches et notes deviennent de la prose dans sa bouche. Les ratures et les couleurs du stabilo se marient pour offrir à l’auditeur un compte rendu fascinant, même pour ceux ne disposant pas d’une auto. En même temps qu’il parle, ses mains bougent, battent le rythme de ses paroles et donnent une conviction supplémentaire à ses propos. Tout un spectacle.

En fait, Yves synthétise les informations fournies par ses collaborateurs. Ce sont eux qui sont les principaux témoins des difficultés de la route. Il conduit le hérisson dans le sens contraire des problèmes de circulation, remontant ainsi les bouchons. En hiver, quand il neige, il reste dans les environs proches de Radio-Canada, car les engorgements sont nombreux. Il est vraiment le pouls de la ville, sondant toutes les artères, combinant les aléas de la météo avec le jour de la semaine et l’horaire pour en extirper un portrait de l’état des routes. Lorsqu’il quitte Montréal à bord du hérisson, c’est pour se rendre à Laval. Lui s’occupe de l’île Jésus pendant que Denis Niquette sonde la rive sud. À chacun son territoire, tout en s’échangeant les informations.

Sa complicité avec les collaborateurs est évidente. Ils n’arrêtent pas de l’appeler, mais, une fois leur information routière fournie, glissent toujours un petit mot amical ou une petite blague. Pauline la comédienne (elle joue notamment dans Virginie et fait du théâtre l’été) s’est aisément greffée dans ce petit univers. Elle reconnaît toutes les voix, blague avec tous et demande fréquemment de leurs nouvelles. Du reste, l’anniversaire de « madame météo » étant la veille, nombreux furent ceux à le lui souhaiter, lui demandant ce qu’elle avait eu comme cadeau, si elle avait été gâtée, etc. Cependant, la dernière heure d’émission les sépare. Yves la dépose au pied du bâtiment de Radio-Canada afin qu’elle remonte en studio. Il terminera seul dans son auto, avec ses collaborateurs. Une amitié naît forcément dans ce réseau. Ainsi, à chaque Noël, Yves organise un lunch avec ses amis de la route, Chantal, Jean, Stéphane, Yves, Lucien et les autres. Cette année, ils étaient trente-trois. Sacrée bande !

Parfois, sur la route, un coup de klaxon complice lui signale la présence d’un de ses auditeurs. Lui reste toujours sage sur la route. Pas d’excès de vitesse, pas de folie. Certes, on pourra toujours dire que téléphoner et conduire est dangereux. Heureusement pour lui ce n’est pas encore interdit ! Et puis le hérisson n’a jamais eu d’accident. Le seul problème a été un ennui mécanique, au moteur, Yves et le hérisson... sans trop d’épinesqui a immobilisé le véhicule au garage… avec tout son tableau de bord. Un téléphone cellulaire et quelques gadgets avaient fait l’affaire. Mais le hérisson demeure unique. Deux téléphones fixes sont réservés aux collaborateurs. Yves n’a qu’à rapidement les manipuler pour en ouvrir la ligne. Et, instinctivement, il s’écrit : « Circulation, bonjour ! ». Toujours avec le sourire.

Sur les coups de 8 h 59, Yves, qui a revêtu son chandail des Canadiens, intervient une dernière fois à l’antenne avant de reprendre du service l’après-midi. La veille, il a regardé, comme des millions de Québécois, le match décisif de la série de LNH entre les Canadiens de Montréal et les Bruins de Boston. La victoire des Montréalais l’a fait se coucher tard et il ne retient plus ses bâillements. Les téléphones ont commencé à moins se faire entendre et la circulation devient fluide. Néanmoins, machinalement, alors qu’il est temps de rentrer chez lui ou d’aller jouer au tennis, il saisit sa pagette pour y lire les dernières nouvelles fournies par Transport Québec…

gb

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© Photos : gb pour Unetortue.com
Merci à Yves et Pauline pour leur disponibilité tout au long de cette matinée.


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