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Le « kung-foot » à son meilleur
« En avant, il faut foncer droit au but
Deux mi-temps et quatre-vingt dix minutes
C’est assez pour rassembler nos espoirs
Et pour forcer la victoire
La victoire !
Quand on a le ballon au bout du pied
Quand on a trouvé le bon équipier
Une passe, un crochet et on a marqué… »
Nous avons tous regardé au moins une fois Olive et Tom. Diffusé pour la première fois en France en 1988 sur la chaîne de télévision La Cinq, ce dessin animé japonais (Captain tsubasa dans sa version originale) était marquant au moins pour ses mémorables paroles, chantées par Jean-Claude Corbel. Pour ceux qui jouaient au football dans la cour de l’école, ce dessin animé nous a souvent incités à frapper de loin au but en essayant de mettre des effets hallucinants au ballon ou à faire des cabrioles pour marquer des buts spectaculaires, sans trop les réussir (pendant ce temps-là, les filles regardaient Jeanne et Serge et essayaient de faire des smatches terribles sur les terrains de volley-ball). En tout cas, c'était très prenant et populaire auprès des sportifs en herbe. Au Japon, la série apparaît dès 1983, s’étalant sur deux saisons de 64 épisodes chacune. Son succès est immédiat et les personnages connaîtront une longue pérénité. Deux films sortiront relatant les exploits d’Olive et Tom sur les plus prestigieux terrains du monde.
L’histoire est simplissime. Depuis qu’il est tout petit, Olivier Atton (Tsubasa Ozora) rêve de devenir champion de football. Il veut partir au Brésil et devenir un joueur professionnel. Roberto Sedinho, un ex-joueur brésilien, promet de l’y emmener s’il parvient à devenir champion. Il rejoint d’abord l’équipe de son école, la fameuse New Team, équipe qui lui permettra de gravir les échelons et de devenir un vrai champion. Rapidement, il réalisera son rêve en allant jouer pour San Paolo, avant de revenir préparer le mondial junior de Paris dans l’équipe nationale japonaise. Après cette victoire, il ira jouer pour Barcelone. Le meilleur ami d’Olivier, Tom est lui aussi un surdoué du ballon rond. Gardien de but de la New Team, il parvient à réaliser des exploits surréalistes et à sauver son équipe quand plus personne n’y croit. Sa grande complicité avec Olivier permettra à l’équipe de devenir la meilleure du pays.
En fait, tous les matchs opposant la New Team à son adversaire prenaient une tournure de combat de karaté aux figures spectaculaires : les ballons devenaient des comètes et les ralentis étaient capables de sauver un gardien de but qui aurait du se faire avoir ! Les matchs étaient tous spectaculaires et ne se terminaient jamais par 0-0 ! Il pouvait y avoir 3 buts en l’espace de 2 minutes… qui s’étalaient sur 3 épisodes (comme le premier match entre la New Team et l’école de Saint-Francis, l’équipe de Tom, match qui se termine par un extraordinaire 2-2, les 2 équipes étant alors déclarées vainqueures ! Dès lors, Olivier gagne le respect de Tom et en devient le meilleur ami). En fait, le réalisateur, Yoichi Takahashi avait une approche particulière avec la narration. Il n’hésitait pas à augmenter la proportion de tout : les dessins, le temps (le match était commenté « live » et, même pendant les distorsions temporelles, le commentateur avait le temps de se demander si Tom allait passer à Mitchiko à droite, à Warren à gauche ou s’il allait frapper directement au but…), les distances, les formes... Le but était que le suspens soit accru et que le plaisir en soit décuplé. Bref, si Olivier parvenait à faire un retourné de 55 mètres ou une tête victorieuse et à marquer dans la lucarne adversaire, Tom arrêtait tous les ballons dans n’importe quelle position, en prenant appui sur ses poteaux si nécessaire (il parvient même à marquer des buts !). Mais il ne s’agit que d’une série animée et les joueurs de la New Team ne sont que des figures dessinées…
Heureusement, Shaolin Soccer est arrivé ! Sorti en 2001, ce film des réalisateurs Stephen Chow Sing-Chi (Hong-Kong) et Lee Lik-Chi avec Stephen Chow Sing-Chi (Sing), Vicky Zhao Wei (Mui), Ng Man-Tat (Fung, alias « Jambe d’Or »), Patrick Tse Yin (Hung), Wong Yat-Fei (« Tête de Fer ») est une vraie perle, un vrai ballon d’or ! Le scénario n’a rien à envier à celui d’Olive et Tom.
Fung était une légende vivante du football jusqu’à ce qu’il fasse perdre le championnat à son équipe à cause d’un pénalty manqué. Les supporteurs ne lui ont pas pardonné et se sont rués vers lui sitôt le match terminé. Aujourd’hui handicapé, il s’occupe de l’équipement de la Evil Team, l’équipe de son ancien partenaire, Hung. Lorsque Fung est renvoyé, il rencontre par hasard Sing, un moine du célèbre temple Shaolin devenu clochard, qui possède des dons extraordinaires pour les arts martiaux. Quand Fung voit Sing combattre et vaincre une bande de voyous avec un simple ballon de foot, il a l’idée de créer une équipe de foot Shaolin. Les deux hommes recrutent les anciens disciples Shaolin de Sing (ses frères), des hommes vieillissants et en piteux état. Chacun d’eux a un pouvoir spécial : l’un a une tête d’acier, un autre peut utiliser ses abdominaux pour propulser le ballon à la vitesse de la lumière, un troisième pèse 135 kilos et est capable de marcher dans les airs et le gardien de buts peut stopper n’importe quel tir, ou presque. Monter cette fabuleuse et incroyable équipe permet à ces deux originaux de réaliser leur rêve : Sing désire montrer au monde les atouts de la pratique du Shaolin, et Fung mise ses derniers espoirs pour gagner le championnat national et effacer les humiliations subies par le passé… car évidemment, la grande finale les opposera à la Evil Team dont les joueurs sont tous plus dopés que Lance Armstrong.
Le spectateur se retrouve à la place de la balle, propulsé par un coup de pied quand le ballon se transforme en météorite ou en boule de feu. Les joueurs défient toutes les lois de la physique et de la gravité, tout comme la balle. Ils effectuent des sauts périlleux, tandis que les gardiens de but et les photographes qui sont derrière sont fauchés par la vitesse supersonique des ballons qui arrivent vers eux. D’un bout à l’autre, ce sont de vraies chorégraphies aériennes (orchestrées par Ching Siu-Tung), de véritables prouesses athlétiques auxquelles on assiste. Si les trucages sont évidemment nombreux (on assiste à quelques clins d’œil à Matrice avec le procédé dit « Bullet Time », où tout est immobile pendant que la caméra réalise un travelling), et parfois trop visibles, Chow s’est entraîné une année entière afin de réaliser quelques prouesses dignes de Bruce Lee. La culture manga du réalisateur est visible du début à la fin, tant dans sa manière de filmer les matches que dans la façon dont il filme les visages de ses personnages lorsqu’ils réagissent (il ajoute même un son « ressort » pour accompagner l’image, comme dans les dessins animés). Là aussi, la notion de temps n’existe pas. Les joueurs ont le temps de penser et d’agir longuement alors qu’un de leur coéquipier, situé à trois mètres, leur fait la passe. Et le terrain a une taille élastique : les joueurs courent, voient les cages du gardien se profiler au loin, courir encore longuement et les buts ne se sont presque pas rapprochés. Mais peu importe, Shaolin Soccer est un manga filmé.
Tout comme dans Olive et Tom, ce n’est pas le résultat final qui est le centre d’intérêt. On sait d’avance qui va gagner et comment cette victoire va se produire : lors de la grande finale, les Shaolin ou la New Team sont malmenés et bousculés, voire menés au score, jusqu’à ce qu’un événement perturbateur intervienne : Olive s’aperçoit que son amie Patty est dans les gradins pour l’encourager et Sing se rend compte que la remplaçante (vous comprendrez…) n’est nulle autre que Mui, celle dont il est amoureux et qu’il finira par épouser. En fait, ce sont les caractères des personnages et leur vie extra-sportive qui excitent. Dans une même équipe, on côtoie un entraîneur prêt à tout pour toucher la bourse remise au vainqueur du trophée, un adepte absolu des techniques Shaolin amoureux d’une vendeuse de brioches, un chef d’entreprise, un ancien serveur de bar qui a toujours la cigarette à la bouche (même sur le terrain), etc. Le tout parsemé d’un humour tout asiatique, parfois cucul, parfois sensible, mais toujours efficace et dédramatisant. Il faut dire que Stephen Chow, avant de réaliser des films d’action, est un acteur comique dans son pays.
Autant dans le film de Chow que dans le dessin animé de Yôichi Takahashi, l’attention est portée sur un personnage principal, pilier de son équipe dans la vie comme sur le terrain. Sing et Olivier se ressemblent pour leur caractère de capitaine sur le terrain et sur leur poste (ils sont tous les deux attaquants). Ils sont chacun à l’origine de la formation de l’équipe et proches de l’entraîneur (voire de connivence avec lui). C’est tout naturellement eux que l’équipe porte en triomphe une fois le trophée remporté.
Ce petit bijou de film est disponible en DVD ou se joue encore au cinéma. Quant à Olive et Tom, tous les épisodes sont maintenant disponibles en DVD (regardez-en un épisode chaque matin avant de partir au travail tout en avalant un bol de céréales Smacks de Kellog’s – ou des Frosties, à votre convenance –, et retrouvez la saveur des matinées de la fin des années 1980, juste avant de partir à l’école !). Pour beaucoup moins cher qu’un vrai match de foot, vous assisterez simultanément à un numéro de cirque, une prouesse sportive et un festival chorégraphique truffé d’humour. Mais dimanche prochain, lors de la rencontre de championnat que vous disputerez, oubliez les exploits des Shaolin et de la New Team, n’essayez pas de les réaliser, vos coéquipiers risqueraient de ne pas apprécier… On n’est plus dans la cour de l’école, quand même !
  
gb
- Lire les passionnantes études de Néo Bàkà Gaijin sur www.lapropagationduchaos.net.
- Un site pour tout savoir sur les personnages de Olive et Tom, leurs saisons, leurs carrières, leurs partenaires et leurs adversaires : http://lecuyerdavid.free.fr/olive.htm.
- Pour les amateurs, Stephen Chow promet un Shaolin Soccer 2, plus grand, plus impressionnant et plus délirant que le premier, avec plus de sport encore. Dans une interview diffusée sur le site Internet Allocine.fr, le réalisateur dévoile qu’il n’y aura pas que du football, mais sans doute aussi du basket-ball, du bowling et peut-être du billard.
- Les illustrations de cet article proviennent principalement des sites www.excessif.com (pour Shaolin Soccer) et www.generiquestele.com (pour Olive et Tom).
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